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20 décembre : de l’abolition à l’émancipation !

Ce matin, la Présidente de la Région, le Président du Département, le Maire de Saint-Paul, tous les élus locaux, mettront leurs désaccords partisans de côté, pour fêter ensemble, avec tous les Réunionnais.e.s  le « 20 dessanm !, «  la fêt kaf » !.

Ce moment mémoriel qui unit toute la Réunion est celui de l’abolition de l’esclavage à La Réunion. 177 ans plus tard, les traces demeurent profondes au sein de la société réunionnaise.

Le 20 décembre 1848 aurait dû être bien plus qu’une abolition. Il aurait dû marquer une véritable refondation de la société réunionnaise autour des principes de la République : liberté, égalité, fraternité. Force est de constater que cette refondation n’a jamais eu lieu. L’abolition de l’esclavage n’a pas mis fin à la logique coloniale qui structurait notre île. Elle s’est contentée de la transformer, de la moderniser, de la banaliser.

C’est la raison pour laquelle ce moment ne devrait pas n’être qu’une commémoration du passé : elle nous interroge sur ce que nous sommes et sur ce que nous voulons devenir. Elle nous rappelle aussi une vérité dérangeante : l’humanité n’a jamais irrévocablement maîtrisé cette part d’elle-même capable de réduire l’autre en esclavage, de le coloniser. Cette tentation traverse les siècles, toujours rampante, toujours menaçante.

Parce que si l’esclavage a disparu juridiquement, le colonialisme perdure. Il a muté, s’est fait plus discret, plus souterrain, mais n’a jamais cessé son emprise. Il s’est joué de la départementalisation. Tout en nous sortant d’un sous-développement patent, tout en apportant indéniablement les conditions de vie et de sécurité, elle poursuit l’œuvre coloniale de manière plus policée. Notre économie reste largement extravertie, tournée vers la métropole plutôt que vers notre bassin régional. Notre production locale est étouffée par un système d’importation qui maintient une dépendance coûteuse. Les prix que nous payons pour notre alimentation, notre énergie, les biens de première nécessité témoignent d’un système qui perpétue l’exploitation.

Cette dépendance économique se double d’une résignation psychologique, peut-être la trace la plus insidieuse du colonialisme : celle qui nous fait douter de notre capacité à nous gouverner, à innover, à construire notre destin.

Le contexte mondial rend cette émancipation plus urgente que jamais. Les crises climatiques, économiques et géopolitiques exigent de nous une force d’initiative et de résilience que seule une véritable autonomie peut nous donner. Dans ce monde bouleversé, La Réunion ne peut plus rester dans une posture de territoire assisté.

L’émancipation que nous appelons de nos vœux n’est pas une rupture avec la France ou l’Europe, bien au contraire. C’est le choix de citoyens de plein droit qui souhaitent pleinement assumer leurs responsabilités, développer leurs compétences propres, avec la bienveillance et l’aide de la mère Patrie. Il s’agit de construire un modèle résilient et solidaire afin qu’ils occupent toute leur place au sein de la République et de l’Union européenne. Une place non plus de territoire dépendant, mais de partenaire à part entière.

Le 20 décembre devrait être, pour nous, bien plus qu’un jour de commémoration. Il devrait être le symbole vivant de notre volonté d’émancipation. Comme nos ancêtres ont lutté pour briser les chaînes de l’esclavage, nous devons aujourd’hui briser les chaînes de la dépendance coloniale. Cette lutte nécessite une vision fondée sur :

  • Un modèle économique transformé, qui participe à réduire notre dépendance à l’exportation tout en créant les conditions d’emploi libératrices,
  • Une solidarité, revue, simplifiée, contributrice de valeur;
  • Une agriculture qui nous nourrisse, une énergie qui nous rende autonomes;
  • L’affirmation d’une culture qui enrichit la diversité française;

Tout cela avec un rôle déterminant des citoyens dans les choix de transformation, de développement et d’aménagement de leur territoire.

Assumer à dessein notre histoire, c’est reconnaître la violence de l’esclavage et du colonialisme tout en célébrant la richesse née de notre créolisation. C’est surtout assumer notre avenir, en nous donnant les moyens de le construire nous-mêmes, dans la dignité et la solidarité.

L’héritage du 20 décembre 1848 n’est pas achevé. La liberté conquise ce jour-là reste à conquérir de nouveau. C’est notre responsabilité collective de transformer cette date commémorative en moteur d’émancipation. Nous honorerons ainsi véritablement nos ancêtres : non en nous contentant de célébrer le passé, mais en construisant l’avenir qu’ils n’ont pas pu connaître. Un avenir où La Réunion, enfin émancipée, pourra pleinement rayonner dans l’océan Indien, au sein de la France et de l’Europe.

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